
Dimanche 7 juin 2026, l'association Les Fleurs de la Résistance et la Maison de la Libération, ont organisé une cérémonie en mémoire des Résistants locaux.

Denis Madouasse, maire : « Il y a quelques années, la Résistance avait été oubliée. Aujourd’hui, nous rendons hommage aux gens qui ont combattu et qui ont existé pour cette période difficile de 1944 et d’avant. Cette cérémonie nous permet de ne pas oublier tous ces gens. Nous avons, et nous connaissons sur la commune de Saint-Laurent-sur-Mer, à Vierville-sur-Mer ou Blois-en-Clair, des familles qui ont oeuvré dans l’ombre. Ces résistants ont assuré des prestations qui ont permis d’avancer sur un Débarquement qui, malgré toutes ces pertes, a été un succès pour notre Liberté». Après la cérémonie, les membres de l’association, le maire, les habitants et les voisins ont rejoint la plage de Saint-Laurent-sur-Mer( Calvados)et ont déposé, à la statue des Braves, une rose rouge pour honorer leur mémoire.
L’occupation allemande à Saint-Laurent-sur-Mer
Sébastien Olard, président et fondateur de l’associationLes Fleurs de laRésistance, en 2017, raconte l’histoire de ces femmes et hommes de laRésistance locale. « La Résistance : un esprit ! Une mémoire ! Deshommes, des femmes, qui se sont levés pour dire Non, quand tout lemonde disait Oui. Quelques-uns, qui ont osé braver les occupants ! »Le 19 juin 1940, les Allemands sont arrivés à Saint-Laurent-sur-Mer. Ils ontpris possession des maisons des habitants, des chemins, des rues. « Çan’était pas supportable ! C’était intolérable ! Alors, quelques-uns se sontlevés, se sont regroupés, ont pris des risques invraisemblables », assureSébastien Olard.« Les Résistants de Ouistreham à Carentan font réaliser une carte de 15 mde longueur sur un mètre de hauteur. Les églises, les maisons, lesKommandanturs, mais aussi les écoles… Tout y était marqué comme unevraie carte d’État-Major ! Elle a été un travail acharné de la Résistance quil’a été transmise aux Alliés trois semaines avant le Débarquement. »La preuve ?Rémi Drouin, le fils de Robert Drouin, à Caen, va demander àun Canadien, après le Débarquement, de lui montrer la carte et ce dernierva lui montrer. Rémi dira : « Mon père n’est pas mort pour rien ! Ilreconnaît la carte, c’était facile car il l’avait dessinée avec son papa. Cedernier s’est fait arrêter, torturer et fusiller au matin du 6 juin 1944. »
Pour avoir travaillé à la réalisation de cette carte, 87 résistants vont se faire arrêter. Ils vont tous se retrouver à la prison deCaen. « Parmi ceux-ci: Boulard à Trévières ; Anne, le forgeron d’Asnières et d’autres résistants locaux connus ou peu connus qui ont oeuvré à leurs côtés. On a retrouvé récemment un document écrit par le Résistant Guillaume Mercader sur le réseau Océane de Bayeux où il a noté qu’une femme – Madame Chevron –était la représentante de ce réseau. C’est difficile pour nous, petite association, de retrouver cette dame car elle aurait changé d’identité pourqu’on ne puisse pas remonter jusqu’à elle. »

(de droite à gauche) Major Prescott, Denis Madouasse, maire de Saint-Laurent-sur-Mer Sébastien Olard et deux anciens combattants.
Un jeune de 16 ans parle sous la torture
C’est aussi le Résistant Truffaut, alias Tador, qui va se faire arrêter à Paris avec des documents du poste naval de Cherbourg. « La Gestapo va le torturer pendant huit jours, et au bout de ces huit jours, ils lui demandent tous les lieux où il est allé, le nom des hommes qu’il a rencontrés et s’il les donne on lui laisse la vie sauve. » Il était jeune (16 ans) et après ces jours insupportables, il va parler.Le beau-frère du chef receveur de la poste, à Saint-Laurent-sur-Mer,possédait un émetteur pour fournir des informations directement aux Anglais. Il va se faire arrêter le même jour. D’autres le seront quelques jours plus tard. Ils seront torturés et fusillés au matin du 6 juin 1944 à la prison de Caen à l’annonce du Débarquement. Charles Olard,l’oncle de Sébastien Olard, aura plus de chance que ses camarades. Il sera relâché le 12 mai, faute de preuves, avec cinq autres camarades. Mais à sa sortie, il sera repris par la Gestapo qui va le réinterroger deux jours de plus.« Son interrogatoire n’aura rien à voir avec les précédents. Il a la clavicule droite et deux côtes cassées. Il est roué de coups de la tête aux pieds. Au niveau de la boîte crânienne, ils lui mettent un étau qu’ils pouvaient serrer jusqu’à ce que celle-ci cède. Les Allemands décident de l’emmener dans un endroit qu’il ne connaît pas. Il aura la chance d’être sur la route,avec deux camarades. Ils pousseront la porte du véhicule. Charles va pouvoir s’évader mais les deux autres vont être tués. Il va se cacher et attendre le Débarquement. » Charles m’a confié : « Tu sais Sébastien, c’est le Débarquement qui m’a sauvé ! » Il sait qu’auprès des Alliés, il a pour rôle de donner des informations de dernière minute que seuls les Résistants peuvent connaître.

Arrivée des cavaliers avec le drapeau Français et le drapeau de la Résistance
« Des informations imminentes ! »
Trois mois avant le Jour-J, les Résistants vont recevoir un message pour leur dire qu’un groupe va venir les aider pour couper les lignes de communication et ralentir l’effet d’annonce du Débarquement, entre les postes avancés devant les blockhaus et les postes allemands qui sont dans les terres.Pour ce faire, les Alliés ont décidé d’envoyer un commando, Les Sussex.« Mon oncle m’a expliqué qu’à la dernière seconde, avant de quitter l’Angleterre, ils ont décidé de scinder le commando en deux : un groupeva être parachuté et un autre va débarquer par la mer pour assurer la mission », raconte Sébastien Olard. « Mais le capitaine de ce dernier n’arrivera qu’à 11 h du matin au point prévu et ratera sa mission. Parcontre, ceux qui ont été parachutés, dans la nuit du 5 au 6 juin, vont réussir cette mission de couper les lignes de communications. »
En 1944, rue du Laquet (à l’époque rue des Pissotières), habitait la famille André. « Dans cette maison, il y avait 11 Allemands et cette nuit-là, en état d’alerte, ils vont sortir par le petit jardin qui est derrière la maison. Mais le commando Proust est là. Ils vont tous être tués au couteau, par ceshommes surentraînés. La Résistance va leur faire traverser le village car,de l’autre côté, se positionne un poste de fusées au phosphore. LesAméricains ne connaissaient pas ça, mais les Résistants oui. Et ils vont réussir à anéantir ce poste de fusées qui avaient un système de mise à feu électrique. Comme les Allemands n’avaient pas de groupes électrogènes,ils avaient juste à couper les fils électriques et à nettoyer ce lieu. »

Certaines personnes sont venues se recueillir en costumes d’époque.
Une promesse faite à Charles, son oncle
C’est la première fois que Sébastien Olard, neveu de Charles Olard,raconte cette histoire. « J’avais reçu l’ordre de ne raconter cette histoire qu’après le décès de mon oncle et d’en avoir trouvé toutes les preuves. Nous avons créé cette association des Fleurs de la Résistance. Avec l’aide de beaucoup de personnes, nous avons réussi à nous procurer des documents dont un qui était classé Secret d’État. Aujourd’hui, nous nous battons pour honorer ces Résistants et ce sont eux qui nous donnent la force de continuer ces recherches. »